Alors, pas trop déçu ?
Un peu, forcément, j'attendais beaucoup de ce Max Payne. Forcément, quand on voit Mark Whalberg à l'affiche, le génial Inspecteur Dignam des Infiltrés, on a l'habitude de placer la barre très haut. On oublie qu'une adaptation de jeu-vidéo n'est pas forcément un film comme un autre. Seul Hitman avait réussi à gommer un peu la différence en faisant de la licence un vrai film. L'ensemble faisait encore un peu brouillon côté réalisation, mais on avait fait de vrais progrès depuis Street Fighter. Avec Max Payne, on reste tout de même dans cette lignée. Je pense qu'une nouvelle génération d'adaptations de jeux est en marche, et elle a été enfantée par Hitman.
Donc il n'y a pas que du mauvais dans Max Payne ?
Loin de là ! Au contraire même ! La controverse vient du fait que, d'un côté, l'adaptation colle ici d'avantage à l'univers d'origine, mais réinvente toute une mythologie. On retrouve de nombreux personnages, mais leurs liens, et leurs histoires, ont été un peu entremêlés. Les accrocs au jeu, comme moi, s'y perdent un peu, mais ceux qui découvriront cet univers, eux, auront un regard original sur cette intrigue. Cependant, il est à regretter que beaucoup trop de personnages que l'on peut croire importants se révèlent par la suite totalement anecdotiques, l'action préférant se recentrer réellement sur Max, ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi (on retrouve l'esprit du jeu) mais il est très difficile d'apporter autant en charisme à tels personnages en 1h30 de film qu'en plusieurs heures de jeu.
Parle-moi donc un peu du casting...
Mis à part le grand Mark Whalberg, inflexible dans le rôle titre, de nombreux comédiens de talent sont à noter, notamment le rôle de B.B. ou celui de Jim Bravura (rires) Désolé, c'est nerveux, mais c'est assez curieux de voir un tel rôle (vieux commissaire un peu aux fraises dans le jeu) tenu dans le film par un jeune rappeur noir. D'autres personnages tirés du jeu sont également assez intéressants, comme Mona Sax (qui fait un peu trop tapisserie) ou Jack Lupino. Et Nicole Horne, plus anecdotique qu'autre chose, a cependant juste ce qu'il faut de mystère et de charisme pour donner envie, jusqu'à l'ultime dénouement. Les références à l'univers du jeu sont nombreuses : le Ragnarock (mais pas de Vladimir Lem) les entrepôts de Vinnie Cognitti, le V (qui est bleu et qui s'avale, au lieu d'être vert et de s'injecter) la fin sur l'héliport sur le toit, la société Aesir Pharmacetics... Et les influences annexes ne manquent pas, ça vire presque à l'intoxication.
Genre intoxication alimentaire ?
Non ! En fait, tu te souviens de cet article qui titrait ''Matrix, film toxique'' ? Eh bien ici, ça marche dans l'autre sens. Le film est une véritable éponge à idées. Il souffre par exemple du syndrome Hitman de deux manières : en embauchant par exemple Olga Kurilenko qui se dévêtit du pareil au même, ou encore dans l'emploi d'un comédien de Prison Break (cette fois ce n'est plus T-Bag, mais Fernando Sucre). Il y a aussi le syndrome AVPR à la fin du film (même type de plan, de mise en scène, et même lumière) le syndrome Doom durant le générique (animations graphiques en masse) et même le syndrome La Cité De La Peur après le générique (pendant ce temps, à Véra Cruz).
Et côté musique ? Y a-t-il aussi des influences ?
Pas tant que ça. Marco Beltrami (Trilogie Scream, Terminator 3) a ici fait preuve d'un peu d'originalité, en transgressant l'univers musical du jeu sans le trahir. Il y a de jolis samples, un peu trop de violons par moments (qui tranchent un peu trop d'ailleurs) mais pas de thème précis, de sorte d'éviter le bourrage de crâne intempestif. J'ai hâte de pouvoir la trouver ! Ce n'est pas forcément la meilleure score d'adaptation de jeu qui puisse exister, mais elle vaut cent fois celle d'Hitman.
Finalement, ce n'est pas le film que l'on pouvait attendre ?
Non, c'est autre chose. Un peu comme toujours dans une adaptation de jeu. Même si John Moore est loin d'être connu pour être un virtuose, il se débrouille plutôt bien avec la caméra (mieux qu'un Bartkowiak ou qu'un Leonetti). De bonnes idées visuelles à la Sin City agrémentent des séquences qui traînent parfois un peu trop en longueur (et c'est dommage) car les véritables scènes d'action se font vraiment attendre comme la chute des prix ! Heureusement il y a un (tout petit) bullet-time qui, même s'il fait juste office de clin d'½il, vaut son pesant de cacahouètes, car il décompose en presque une minute une action d'une ou deux secondes (Max plonge en arrière et tire un coup de fusil en l'air pour abattre un type sur une passerelle au dessus de lui).
Alors, on a tout de même monté une marche ?
Allez... oui. Mais une toute petite marche, donc il y a encore beaucoup de chemin à faire avant qu'un film adapté d'un jeu-vidéo atteigne enfin tous les publics de cinéphiles. Il ne suffit malheureusement pas de faire un film soigné et crédible, il manque encore la qualité d'un script qui tienne plus qu'en une ligne (un homme cherche l'assassin de sa femme, le retrouve et règle ses comptes). Mais l'univers du jeu-vidéo a encore beaucoup à offrir dans les années à venir.
Tu penses au prochain Mortal Kombat ou à Metal Gear ?
En fait, je mise plutôt sur Onimusha et Clock Tower, mais nous verrons bien ce qu'il en sera le moment venu.



